Déborah Kitumaini Kasiba

Déborah Kitumaini Kasiba est la veuve d’un éminent défenseur des droits humains, assassiné en République démocratique du Congo (RDC), il y a 10 ans. Elle a tout perdu : son mari, ses biens, son pays. Depuis, elle vit au Canada avec ses six enfants. Si elle n’a pas toujours eu la vie facile, Déborah n’en laisse rien paraître. Âgée de 56 ans, elle déborde de vivacité et de courage.

Dix ans après la mort de Pascal Kabungulu, et après des années de procédures judiciaires infructueuses en RDC, la famille a décidé de déposer plainte auprès des Nations unies, avec le soutien du CCJI et l’ONG Suisse TRIAL (Track Impunity Always). Avant de déposer sa plainte, elle nous a confié son histoire.

Extraits:

« Le 31 juillet 2005, mon mari rentrait d’un voyage au Rwanda. Il n’est rentré qu’à 20h30 ce soir là et nous avons passé la soirée en famille. Pascal a passé du temps avec les enfants et nous avons regardé la télévision avant d’aller nous coucher. Au milieu de la nuit, l’un de mes fils s’est mis à crier, et j’ai entendu une voix d’homme menaçante: « Si tu cries encore, je te tue ».

 

Mon mari est sorti de la chambre à coucher pendant que j’alertais les voisins par la fenêtre. Des hommes en uniforme ont alors attrapé Pascal et lui ont dit : « Kama unakimbiyaka leo utakufa », en d’autres termes : « Tu as réussi à fuir jusqu’à présent, mais aujourd’hui, tu vas mourir ! ». J’ai ensuite entendu des détonations et des bruits de gens qui couraient avant d’apercevoir Pascal, en sang, allongé au milieu du salon. Tandis que mes fils forçaient la porte pour aller chercher de l’aide, je me suis approchée de Pascal et l’ai pris dans mes bras. Il était déjà inconscient.

 

Des voisins nous ont aidé à transporter Pascal jusqu’au centre médical le plus proche. Mais ses blessures étaient tellement graves qu’il a du être transféré d’urgence à l’hôpital. Les médecins ont constaté son décès peu de temps après notre arrivée. »


« Je suis veuve. Mes enfants sont orphelins. Cela fait dix ans que nous avons dû quitter notre pays pour vivre en exil, en laissant tout derrière nous. Et nous continuons à vivre dans la peur de représailles, tandis que les assassins de Pascal – qui ont pourtant été clairement identifiés – sont libres. Ces hommes nous ont volé l’être que nous aimions et notre vie.

 

L’arrestation et la condamnation des responsables ne nous rendront pas Pascal, mais nous attendons des Nations unies et de notre pays qu’ils fassent justice, pour au moins nous rendre notre vie. Il faut faire cesser la peur et l’impunité. »


« Nous voulons que la justice nous ramène la paix. Nous avons désormais la nationalité canadienne et sommes très heureux de vivre dans ce pays, mais nous sommes aussi restés profondément attachés à notre pays d’origine et il nous manque énormément.

 

Je rêve de retourner en RDC un jour, de revoir tous ceux et celles qui nous sont chers, de respirer l’air de Bukavu et de marcher à nouveau sur notre terre, en sécurité, la tête haute, sachant que les assassins de mon mari ne pourront plus nuire. J’espère que ce jour viendra bientôt ! »

 

Pour lire l’interview complet avec Déborah Kitumaini Kasiba, lisez notre Storify realisé en collaboration avec TRIAL.

Si vous souhaitez faire un don pour soutenir le dossier de Déborah, visitez notre campagne JusticeFundr.

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