Roy Samathanam

« Pendant que j’étais en prison, j’ai appris à quoi ressemble l’inhumanité. J’ai été torturé, tant mentalement que physiquement. »

Le 14 septembre 2007 a été la pire journée de ma vie. À 3 h 30, la Division des enquêtes terroristes (TID) de la police sri lankaise est entrée chez moi alors que ma fille, ma femme enceinte et moi dormions. Environ 15 policiers armés de fusils ont commencé à crier en cingalais disant que j’étais un terroriste. Je n’oublierai jamais l’horreur sur le visage de ma femme ou les cris de ma fille âgée d’un an. La police m’a pris à l’écart et a dit à ma femme qu’ils me permettraient de revenir une fois qu’une déclaration à la police aura été faite. Toutefois, j’ai été emprisonné au Sri Lanka, séparé de ma femme et de mes enfants pendant trois ans.

Alors que j’étais en prison, j’ai appris à quoi ressemble l’inhumanité de l’homme. J’ai été torturé, tant mentalement que physiquement. J’ai été témoin de nombreux actes de torture, y compris des actes de violence sexuelle perpétrés contre d’autres détenus tamouls. Parfois, les autorités pénitentiaires violaient des femmes incarcérées et me forçaient à en être témoin. Périodiquement, ils essayaient de me faire signer des aveux d’actes que je n’avais pas commis, en me menaçant qu’ils violeraient ma femme si je ne le faisais pas. Je savais que ce n’était pas des menaces vides. Les images de torture, de viol et de menaces me hantent et je pense aux nombreux prisonniers qui continuent à languir, sans accusations formelles, dans les prisons sri-lankaises.

Une fois que je suis venu au Canada, j’ai trouvé le Centre canadien pour la justice internationale. J’ai été en mesure de me sentir quelque peu en paix ayant trouvé un organisme qui pouvait m’aider à trouver justice. Je suis en quête de justice parce que j’ai perdu trois ans de ma vie en détention à tort et torturé par le gouvernement du Sri Lanka. Je continue d’être affecté par ce qui m’est arrivé, et prendre la parole est un moyen de m’aider à continuer à faire face aux effets de la torture que j’ai vécue. De nombreuses autres personnes ont été maltraitées par le gouvernement de Sri Lanka, mais elles ne sont pas en mesure d’en parler parce que c’est trop dangereux. Il est difficile pour moi de parler de ce qui s’est passé, mais j’espère que mon cas pourra aider toutes les personnes qui ne peuvent pas s’exprimer. Par le biais du CCJI je suis capable d’exprimer ce qui m’est arrivé. Il est important pour moi d’attirer l’attention au niveau national et international sur la violation de mes droits ainsi que sur les mauvais traitements généralisés que le Sri Lanka a commis et continue de commettre. Ce n’est qu’en attirant l’attention sur cette question que la situation au Sri Lanka pourra changer.

Pendant mon séjour en prison, il y a eu de nombreux moment où j’ai senti que je n’avais pas de droits, simplement par le fait d’être Tamoul. Au Canada je me sens en sécurité. En tant que Canadien, j’ai l’espoir que je trouverai un jour la justice. Rechercher la justice est important pour moi personnellement et représente pour moi un processus de guérison. Ceci est également important pour ma famille, surtout pour ma fille. Même si ma femme et mes enfants sont maintenant en sécurité au Canada, ma fille éclate encore en sanglots chaque fois qu’elle voit un agent de police. Elle a peur qu’ils enlèvent son père à nouveau. Je suis en quête de justice non seulement en tant que personne qui a été injustement incarcérée, mais aussi comme père de famille. C’est avec l’avenir de ma fille à l’esprit que j’affronte les événements de mon calvaire. Je ne veux pas que ma fille devienne craintive en grandissant et je veux qu’elle puisse comprendre que ses droits seront protégés ici au Canada.

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