Mamadou Seye (Mauritanie)

Le CCJI a offert son soutient à Mamadou Seye afin de demander justice pour la disparition de son père, Papa Seye, en Mauritanie en 1990. Nous avons travaillé avec lui pour soumettre une communication en Avril 2015 contre le gouvernement de la Mauritanie devant la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, accusant la Mauritanie de plusieurs violations de droits de Papa Seye ainsi que de sa famille en vertu de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples et du droit coutumier international. Nous avons demandé à la Commission de déclarer que la Mauritanie a violé les droits de la famille Seye, de faire appel à la Mauritanie pour qu’elle révoque loi d’amnistie 93-23, de demander aux institutions mauritaniennes d’enquêter correctement sur les allées et venues et de la situation de Papa Seye ainsi que pour offrir une compensation juste à la famille Seye.

La population mauritanienne est composée des Maures, ou « beidanes », et de plusieurs groupes ethniques d’origine noire. Bien que les abus envers la communauté d’origine noire de Mauritanie perdurent depuis l’indépendance de cet État, la situation précaire de cette communauté est devenue critique à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Suite au coup d’État de 1984, la situation des Africains d’origine noire de Mauritanie s’est détériorée avec la mise en place de politiques gouvernementales visant leur discrimination et leur arabisation. En 1986 le gouvernement a eu recours à une violente répression contre la communauté d’origine noire en général. Il y eut durant cette période des expulsions massives. Le gouvernement a entre autres utilisé le différend frontalier entre le Sénégal et la Mauritanie pour débuter les expulsions de masse des Mauritaniens d’origine noire sous prétexte qu’ils étaient sénégalais. Il a eu recours à l’expulsion et à l’expropriation, et a également commis d’autres violations des droits humains contre la population africaine d’origine noire, dans l’objectif de revendiquer et de prendre le contrôle de la terre longeant le fleuve Sénégal qui avait historiquement appartenu aux populations locales d’origine noire.

Alors que Human Rights Watch rapportait qu’entre 40 000 et 50 000 Mauritaniens d’origine noire avaient été expatriés de leur propre pays par le gouvernement en 1989, d’autres organizations estimaient ces chiffres entre 70 000 et 150 000. Certaines victimes ont été « convoquées par la police, interrogées, forcées de se dessaisir de leurs cartes d’identité puis transportées dans des camions, avec ou sans leurs familles, jusqu’au bord du fleuve Sénégal, où des canots les débarquaient au Sénégal », alors que d’autres ont été déportées par avion. Bien que ces expulsions de masse se soient terminées en 1990, les expulsions, les arrestations arbitraires isolées, la torture et les exécutions extra-judiciaires ont continué à avoir lieu jusqu’à la fin de 1993.

À la fin de 1990 et au début de 1991, approximativement 3 000 personnes d’origine noire avaient été arrêtées sans accusation, retenues en détention sans contact avec l’extérieur et avaient subi des abus physiques. Ces rafles ont été concentrées à Nouakchott, Nouadhibou et Aleg. Dans cette dernière, située près d’où Papa Seye a été vu pour la dernière fois avant sa disparition, des témoignages de mai 1990 indiquent que « certaines personnes ont été arrêtées à Aleg à cette époque-là. D’autres ont été arrêtées puis expulsées ». Il a également été signalé que les bases militaires d’Aleg ont été converties en prisons et que les personnes qui étaient arrêtées dans cette ville étaient ensuite soumises à de la torture.

Environ deux semaines avant sa disparition, Papa Seye avait arbitrairement été arrêté par la police alors qu’il effectuait une livraison à Aleg. Il avait par la ensuite été amené à la station de police d’Aleg, où il avait été retenu en cellule pendant quelques jours. Aucune charge n’avait été retenue contre lui. Papa Seye a été vu pour la dernière fois le 28 juin 1990 vers 16h, heure locale mauritanienne.

Comme pour tous les cas de disparition forcée, et en raison des éléments de cette infraction, la famile de Papa Seye n’a que quelques informations et détails en lien avec cette disparition.  À ce jour, ni la mort ni le sort de Papa Seye n’ont été confirmés.

Numéro d’organisme de charité 86575 9088 RR0001
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